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Ce texte est une contribution de signataires de l'appel, mais ne reflète pas forcément la vision de l'ensemble des signataires du texte initial.

Retraite et climat, même combat ?

Dans notre appel initial des travailleuses et travailleurs du numérique pour une autre réforme des retraites, nous déclarions qu’« effectuer des heures supplémentaires est une aberration, un non-sens historique à l'heure de l'automatisation galopante ». Et « la société de consommation, cette volonté imbécile de vouloir produire toujours plus et toujours plus inutile est en train de détruire notre planète ».

Nous sommes convaincu·e·s que « les programmes et les machines que nous créons peuvent contribuer à lutter contre la pauvreté, permettre à toutes et tous de vivre mieux et plus confortablement (…) aux conditions que les richesses qu'ils produisent soient plus équitablement réparties et que leurs impacts environnementaux soient réduits ».

Nous voulions donc que le combat contre le dérèglement climatique et les enjeux écologiques soient présents dans notre appel car nous sommes intimement persuadé·e·s que le combat contre cette réforme des retraites et le combat écologique sont liés : « fin du monde, fin du mois, même combat ». ·

Le climat absent des débats ?

« Que penser de l’idée même de retraite, quand on nous rappelle quotidiennement que le monde dans lequel nous vivons est en train de s’effondrer ? ». C’est ainsi que démarre l’article de Désobéissance Ecolo Paris qui met les pieds dans le plat en titrant d’ailleurs « Goodbye Retraites ».

Il faut bien l’avouer, le combat contre le dérèglement du climat est relativement absent des débats sur cette réforme des retraites. C’est le constat que fait le professeur d’économie Jean Gadrey, « une question est laissée en suspens aussi bien du côté des avocats de la réforme que du côté de ses opposants, c’est celle de la place des questions climatiques et plus généralement écologiques dans cette confrontation sociale et politique majeure ».

Dans l'article « ça chauffe pour les retraites », le journaliste Hervé Gardette regrette le fait que « ce lien entre retraites et climat alimente aussi peu le débat public » et va un peu plus loin en estimant que « ni le système par capitalisation, ni celui par répartition ne parait en mesure de répondre à ces enjeux systémiques ».

Allonger le temps de travail pour produire plus, détruire plus ?

Dans une tribune, l’économiste Gaël Giraud estime qu’« il nous faut aujourd’hui un régime de retraite “post-croissance” ». Selon lui, le projet de réforme de retraites présenté par le gouvernement est à la fois contradictoire, inefficace et injuste.

Gaël Giraud souligne que la tendance depuis deux siècles est « à la réduction du temps de travail ». Le gouvernement français est donc à rebours du sens de l’histoire : « travailler plus et plus longtemps, pour financer la retraite des plus aisés », un projet, selon l’économiste « qui contribue à engager davantage notre société dans l’impasse d’un productivisme qui nous tue ».

Dans une autre tribune, François Ruffin, député France insoumise, déclare que « la bataille pour les retraites est une bataille écologique » et rappelle que « Les retraites, c’est un combat sur le temps de travail ». Il cite l’économiste John Maynard Keynes qui estimait « qu’à la fin du XXe siècle, les besoins économiques seraient satisfaits, au moins dans les pays développés, que les humains exploreraient d’autres chemins pour le progrès, et qu’ils consacreraient moins de vingt heures par semaine au travail ».

Selon lui, « depuis près de quarante ans, malgré les machines, l’informatique, Internet, bref, malgré les gains de productivité, nous n’avons pas libéré une sixième semaine de congés payés » à cause « des dividendes des actionnaires, dont la part a plus que triplé en moins de 40 ans ».

Croissance infinie, destruction de la planète

Les calculs du gouvernement s’appuient sur une hypothèse du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1 % à 1,8 % d’ici 2070. Pas compatible selon Gaël Giraud avec « une économie en déflation, l’austérité budgétaire du gouvernement et l’impact dévastateur du dérèglement écologique ».

« Ces scénarios sont climaticides et donc homicides, sans intention criminelle mais avec de l’ignorance, de la négligence et surtout le terrible effet des croyances économiques sur l’impératif indiscutable de croissance économique », selon le professeur Jean Gadrey. Et d’ajouter qu’« il faut selon le GIEC faire décroître les émissions mondiales de 7,6 % par an entre 2020 et 2030. C’est mission impossible avec les scénarios de croissance du COR ».

« L’objectif des plus jeunes en particulier, n’est pas (ou plus) de produire plus, de faire plus de croissance et, ce faisant, de détruire plus vite la planète » pour Gaël Giraud. « Produire plus, pour consommer plus, pour produire plus, pour consommer plus, comme le hamster dans sa roue, mène la planète droit dans le mur » selon François Ruffin. « Nous devons sortir nos vies de cette emprise de la marchandise. Du productivisme. Du consumérisme. C’est un impératif écologique. Mais aussi humaniste ».

Fonds de pension accros aux énergies fossiles et vulnérables aux catastrophes

Le projet de réforme ouvre la voie aux fonds de pension privés, comme BlackRock. Or, « le réchauffement climatique menace les retraites du monde entier » selon Euractiv. Non seulement ces fonds de pension continuent de massivement financer l’extraction d’énergies fossiles, mais « seuls 13 % d’entres elles ont fait l’objet d’analyses, pour leur exposition aux risques liés au climat (tempêtes, inondations, vagues de chaleur, cyclones etc.) » pour Euractiv.

Intégrer la question écologique à une nouvelle réforme des retraites

« Il faut sortir de toute urgence du débat économique sur la durée de travail (droite) ou l’augmentation des cotisations (gauche), pour poser la question écologique du soin et de l’attention à la vieillesse » selon Désobéissance Ecolo Paris.

Il ne faut pas faire le deuil du système de retraite pour Jean Gadrey mais « il faut travailler collectivement à une transition écologique et sociale solidaire de ce système ».

Le gouvernement se trompe totalement de priorité selon François Ruffin, « comme si, à l’heure de l’effondrement, du réchauffement, le Grand Défi, c’était le déficit budgétaire à l’horizon 2030 ». « Réduire la durée du temps de travail hebdomadaire est la solution la plus simple au défi du maintien du plein emploi sans augmentation de la production », pour le député. Et « la remise en cause de tout notre système, industrie, déplacements, énergie, agriculture, ne sera pas supportée, si l’effort ne porte pas d’abord sur les plus puissants ». « Ces changements, ces bouleversements à venir, ne seront acceptés en paix que s’ils sont empreints de justice ». À l’heure où un Français consume (en moyenne) trois planètes, « consommer moins est un impératif. Consommer moins, répartir mieux ».

Mêmes conclusions de Jean Gadrey, « les retraités du futur n’ont pas besoin d’une croissance qui va leur pourrir la vie, mais de partage des richesses et de réduction des inégalités. Pas seulement les richesses marchandes. Il faut développer des services hors logique marchande (santé, culture et sport, transports collectifs…) et l’accès à des richesses non économiques (liens sociaux, participation citoyenne, richesses naturelles…) ».

Nous, travailleuses et travailleurs du numérique, appelons à la convergence des luttes, lutte écologique et lutte contre cette réforme des retraites.